Etude de la phytodiversité de la vallée de Zat : Outils de sa valorisation

Réalisé par : MOSTAKIM Lahcen (PhD student)
Sous la direction du : Pr. GHAMIZI Mohamed


Introduction :

Le Maroc est l’un des rares pays d’Afrique du Nord à disposer d’un ensemble d’écosystèmes endémiques d’une biodiversité remarquable, notamment au niveau des espaces forestiers qui abritent les deux tiers des espèces végétales et un tiers des espèces animales du pays (Zerah. D et al., 2011). Toutefois, Ces écosystèmes sont sérieusement menacés par l’expansion et le développement de certains secteurs comme l’agriculture et l’urbanisation, que le changement climatique devrait encore aggraver, mettant ainsi en danger l’intégrité et la pérennité de ces écosystèmes. Pourtant, à l’instar des autres vallées du Haut Atlas, la vallée du Zat possède un nombre important d’atouts socioéconomiques et écologiques,seulement peu de travaux scientifiques ont été réalisés pour décrire la diversité floristique de cet écosystème complexe et mettre en valeur leurs principales ressources et statuer sur leurs facteurs de menace et de dégradation. En effet ces éléments de connaissance sont des outils indispensables pour la mise en place de toute démarche de gestion et d’aménagement (Sahli, 2003).
C’est dans le but de bien connaitre cette zone et d’y mener des opérations de gestion conservatoire, que cette étude a été abordée. Il consiste à :

  • Élaborer l’inventaire de la flore vasculaire dans la vallée de Zat ; 
  • Dresser la liste des espèces endémique de cette vallée ; 
  • Établir la cartographie des formations végétales inventoriées.

I. Matériel et méthodes :
I.1. Milieu physique :
I.1.1. Situation géographique :

La vallée de Zat est situé à 50 km au sud de la ville de Marrakech,sur la route nationale N° 9 allantà Ouarzazate : elle est intégrée complétement dans le bassin versant d’Oued Tansift, est chevauche sur deux communes rurales, Ait Ourir et Arbia Tighdouine (Fig. 1). Il est délimité au Sud par la zone axiale du Haut atlas, au Nord par la plaine du Haouz, à l’Est par le bassin de R’Dat et à l’Ouest par le bassin de l’Ourika. Elle est localisée entre 31° 17’ et 31° 32’ Nord et 07° 29’ et 07° 34’ Ouest.

Figure 1 : Situation géographique de la vallée de Zat(Extraite à partir de la carte topographique d’Ait Ourir et Arbia Tighdouine du 1/50 000).

I.1.2. Géologie :

Le bassin de Zat a un substrat qui est constitué de galets, de graviers et de sables
grossiers. La chaîne atlasique montre alors suivant une direction nord-est, sud-ouest deux zones distinctes :

  • A l’amont, la zone axiale de la chaîne à hautes altitudes où ‘affleure que le socle,
  • A l’aval, la zone sub-atlasique septentrionale où la couverture post-hercynienne constitue l’essentiel des affleurements. Dans l’ensemble, la lithologie du bassin du Zat est constituée de 46 % de terrains imperméables, à 40 % de terrains semi perméables et 14 % de terrains perméables (Pascon 1977). Par conséquent, ces formations géologiques favorisent un écoulement superficiel soutenu et éventuellement le développement de crues importantes en cas de pluies conséquentes (Haddani, 2012).

I.1.3. Hydrologie :

Sur le plan hydrologique, le réseau hydrographique de la zone étudiée est caractérisé par L’Oued Zat qui prend sa source au pied de Taska n’Zat (3905 m) en rive droite et de Tougroudaden (3736 m) en rive gauche et draine un bassin versant d’une superficie d’environ 525 Km2. Il coule du sud vers le nord jusqu’à Aït Ourir où il se bifurque en deux parties l’une rejoint l’Oued Ourika, et l’autre l’Oued Tensift. Ces deux bras s’assèchent en été.Oued Zat reçoit de nombreux affluents, plus ou moins courts avec des formes d’écoulement différentes (Fig. 2).

Figure 2 : Réseau hydrographique de la vallée de Zat(Extraite à partir de la carte topographique d’Ait Ourir et ArbiaTighdouine du 1/50 000).

I.1.4. Variation d’altitude :

La topographie de la vallée de Zat correspond à un anticlinal. Il est globalement orienté
Nord/ Sud avec un relief légèrement accidenté et des pentes supérieures à 30%. Il contient des barres rocheuses, des falaises sur les différents versants d’altitude croissante en allant de Nord à Sud et culminant à 3600 m¸La tranche altitudinale 1300 – 1600 est plus abondant dans la superficie de la vallée (Fig. 3).


I.2. Climatologie :
I.2.1. Climat et bioclimats :

Nous avons utilisé les données climatiques du poste le plus proche du site étudié; Il s’agit de la station de Marrakech (460 m) et la station d’Ait Ourir (800 m). Seules les précipitations et les températures sont étudiées étant données que ces éléments climatiques sont les plus disponibles dans les stations climatiques.

I.2.2. Synthèse bioclimatique :
a. Diagramme ombrothermiquede GAUSSEN (1953) :

Le climat de Marrakech est dit semi-aride. Les pluies sont faibles et la température . Les pluies sont faibles et la température
moyenne annuelle est de 19.6 C. Sur l année, les précipitations moyennes sont de 250 mm (Fig.4).
Les pluies souvent concentrées durant la période automnale et hivernale, sont irrégulières, intenses et violentes. Le reste de l’année, la sécheresse prend une ampleur le surtout dans les zones de plaine où les températures et l’évaporation sont la sécheresse prend une ampleur l’évaporation sont élevées. Des précipitations moyennes de 1 mm font du mois de juillet le mois le plus sec. Avec une moyenne de 35 mm, c’est le mois de février qui enregistre le plus haut taux de précipitations.

Figure 4 : Diagramme ombrothermique de Marrakech : Diagramme ombrothermique de Marrakech

A Ait Ourir, la température moyenne annuelle est de 18,3°C. Il existe peu de A Ait Ourir, la température moyenne annuelle est de 18,3°C. Il existe peu de précipitations, quelque soit la période de l’année. Il tombe en moyenne 323 mm de pluie par an. Le mois le plus sec est celui de juillet avec seulement 2 précipitations, quelque soit la période de l’année. Il tombe en moyenne 323 mm de pluie par mm. Le mois de mars, avec une moyenne de 46 mm, affiche les précipitations les plus importantes (Fig. 5).

Figure 5 : Diagramme ombrothermique d’Ait Ourir

Au niveau des deux stations d’étude, la climatologie se caractérise donc saisonnières l’été, et une et une faible pluviométrie moyenne faible pluviométrie moyenne avec des variations avec des variations e se caractérise donc par : un climat semi-aride de type continental, des amplitudes thermiques assez importantes entre l’hiver et l’été, aride de type continental, des amplitudes thermiques assez importantes entre l’hiver et interannuelles interannuelles importantes (Riad, 2003).


II. Étape analytique :
II.1. Inventaire floristique et confection de la collection d’herbier et confection de la collection d’herbier :

Cette étape consiste concrètement à réaliser l’inventaire floristique sur le terrain. Le principe de son établissement consistait à parcourir la zone d’étude le long de transects dans lesquels 38 relevés phytoécologiques ont été réalisés. Ils consistaient à relever les paramètres écologiques et la liste des espèces vasculaires des stations étudiées.
Un relevé est un ensemble d’observations écologiques et phytosociologiques qui concernent un lieu déterminé (GODRON, 1968). Le relevé doit être réal minimale de la surface floristiquement homogène où la structure de la végétation, composition floristique et les conditions écologiques sont uniformes.
Les spécimens récoltés ont été desséchés et pressés à l’aide de la presse d et pressés à l’aide de la presse de l’herbier de muséum d’histoire naturelle de Marrakech. Ils étaient par la suite identifiés à l’aide de de la de Marrakech. Ils étaient par la suite identifiés à l’aide de la Flore pratique du Maroc : manuel de la détermination des plantes vasculaires (Fennane et al, 1999 ;2007 ; 2014)et en consultant l’herbier du muséum d’Histoire naturelle Marrakech.
La détermination du statut des taxons étudiés est faite à partir du Catalogue des plantes vasculaires rares, menacées ou endémiques du Maroc (Fennane & Ibn Tattou, 1998).

II.2. Formes biologique :

Les types biologiques selon Raunkiaer, définissent la manière par laquelle les plantes passent la saison défavorable. Cette notion inclut aussi la hauteur ou la situation des bourgeons de renouvellement. On définit les types suivants : -Phanérophytes : Plantes dont bourgeons dormants aériens à plus de 50 cm dela surface du sol. Plante affrontant l’hiver en exposant à ses rigueurs des tiges porteuses de bourgeons.

  • Chaméphytes : Plantes dont bourgeons dormants aériens à moins de 50 cm de la surface du sol. On distingue les Chaméphytes frutescents (buissonnants, plus ou moins dressés) et les Chaméphytes herbacés (beaucoup plus proches du sol)
  • Hémicryptophytes : Plantes dont les bourgeons, au ras du sol, sont enfouis dans des rosettes de feuilles.
  • Géophytes : Plantes dont les bourgeons sont souterrains (plantes dont les tiges souterraines sont des rhizomes, des tubercules ou des bulbes).
  • Thérophytes : ou plantes annuelles qui survivent à l’hiver sous forme de graines.

III. Résultats et interprétations :
III.1. Etude de la phytodiversité :
III.1.1. Biodiversité végétale de la vallée de Zat :

Dans les 38 relevés effectués dans la vallée de Zat, la richesse spécifique, des zones échantillonnées, est estimée à 113 espèces groupées en 95 genres et 47 familles (Annexe 1). La famille des Asteraceae est la plus riche en espèces (11), ce qui représente 9.73% inventoriés dans la vallée de Zat. La famille des Leguminoseae occupe la deuxième place avec 8.84 % des espèces recensées. Alors que la famille des Poaceae et des Labietaceae représentent respectivement 7.08% et 6.19% famille de la totalité des espèces du site d’étude. La richesse des familles est reportée dans la figure 6 avec les pourcentages correspondants.

III.1.2. Flore endémique :

L’endémisme est un indicateur biologique important dans l’évaluation de la biodiversité, (Ouhammou, 2005).

Le Haut Atlas a été signalé et reconnu comme un véritable hot-spot ou zone chaude dans la région méditerranéenne par plusieurs auteurs (Fennane & Ibn-Tattou, 1998 ; Ouhammou, 2005). Dans un souci d’approcher beaucoup plus cet intérêt, l’attention a été portée sur l’analyse fine de la flore endémique. On distingue deux types d’endémisme.

  • Les endémiques marocaines sont des espèces strictement liées au Maroc. Les endémiques marocaines sont des espèces strictement liées au Maroc.
  • Les endémiques au sens large (ou sub-endémiques) présents au Maroc mais partagées avec la Péninsule ibérique, l’Algérie, la Mauritanie et les îles de Canarie.

La vallée de Zat offre un taux d’endémisme relativement faible qui est de l’ordre 7 % (7 espèces) (Tab. 1).

Tableau 1 : Liste des espèces endémiques de la vallée de Zat « E : endémique marocaine, A : endémiques du Maroc et de l’Algérie, I : maroco-ibérique ».

III.1.3. Répartition géographique des espèces vasculaires caractéristiques de la vallée de Zat :

On désigne une espèce caractéristique, l’espèce dominante par son recouvrement et son abondance dans un individu d’association. La figure 7 illustre la répartition géographique des espèces caractéristiques de chaque type de formation végétale de la Vallée de Zat. On distingue six types de formation végétale. Tetraclinaie, Juglandacaie, Tamaricaceaie, Junipéraie de thurifére, Chênaie et Pineraies.

Figure 7 : Cartographie des différents espèces caractéristiques dela vallée de Zat (Extraite à partir de la carte topographique d’Ait Ourir et Arbia Tighdouine du 1/50 000).


III.2. Type biologique :

Nous remarquons que la plupart des types biologiques sont présents dans la vallée de Zat. La définition de ces types est donnée en annexe (Annexe 1). L’étude des spectres biologiques (Fig.8), qui correspondent aux pourcentages des types biologiques des espèces présentes dans une région, montre que les phanérophytes (32%) et les  thérophytes (26%) sont très dominantes dans la zone d’étude, les hémicryptophytes viennent en deuxièmes rang avec (21%) suivies des chaméphytes et des géophytes avec respectivement 17% et 4%. En revanche ces pourcentages indiquent clairement le type de bioclimat semi-aride qui règne dans le territoire de la zone d’étude.

Figure 8 : Représentativité des types biologiques des plantes vasculaires recensées vallée de Zat


III.3. Flore halophiles :

La vallée de Zat présente 5 espèces halophiles appartiennent à 4 familles différentes (Tab.6). Ces espèces sont localisées dans la partie Nord-Ouest de la zone d’étude. Cette proportion (5 %) en espèces halophiles s’explique par la salinité du milieu physique, on l’occurrence la proximité de ces espèces à Oued Malah, qui signifié Oued salin en arabe.

Tableau 2 : listes des espèces halophiles de la vallée de Zat


Conclusions :

L’inventaire et l’analyse de la diversité floristique de la vallée de Zat sont l’objet de cette étude.

L’analyse de la diversité floristique, basée sur les données de l’inventaire réalisé sur la flore de la vallée de Zat sur la base de 38 relevés réalisés dans la dition. Il consiste en une analyse quantitative et qualitative de cette flore à travers des paramètres significatifs : composition globales, endémisme et types biologiques. Cette flore montre une grande richesse floristique de cet écosystème estimée de 113 espèces et sous-espèces vasculaires. Ces espèces sont réparties entre 95 genres et 47 familles botaniques, prédominées par cinq familles à savoir les Asteraceae, Leguminosae, Poaceae et Labietae.
La flore endémique est représentée par sept espèces dont cinq sont des endémiques marocaines alors que deux espèces sont signalées sub-endémique. Le spectre biologique est un spectre typique de l’ambiance bioclimatique semi-aride,avec un pourcentage de 74% pour les plantes vivaces et 26% pour les plantes annuelles.Cet inventaire de phytodiversité peut constituer une base pour la valorisation de cette vallée.
Pour une meilleure conservation et une gestion efficace de cette vallée, il est recommandé d’approfondir la connaissance de ce milieu et de ses ressources naturelles, aussi que d’identifier les différentes menaces existantes et potentielles, dues essentiellement aux activités humaines.


Références bibliographies :

  • Fennane & Ibn-Tattou, 1998 : Catalogue des plantes vasculaires rares, menacées ou endémiques du Maroc.-Bocconea 8 : 5-243.1998, 243p.
  • Fennane M., Ibn Tattou M., Mathez J., Ouyahya A. et Oualidi J., (1999) : Flore pratiquede Maroc, Manuel de détermination des plantes vasculaires, Travaux de l’institut Scientifique, Volume 1, Série Botanique, n° 36, Rabat, Maroc, 558p.
  • GODRON, 1968 : Haddani, 2012 :Etude du fonctionnement hydrogéologique des bassins versants de Rhéraya, Ourika et Zat (Tensift Marrakech, Maroc) : Hydrochimie isotopique. Mémoire Master II, Université Cadi Ayyad Faculté des Sciences et Techniques Marrakech, 111 pp.
  • Ouhammou A., (2005) : Flore et végétation du Parc National Toubkal (Haut-Atlas de Marrakech, Maroc) Typologie, écologie et conservation. Thèse Docteur d’Etat Es. Sciences,Faculté des sciences Marrakech, 244p+ Annexes.
  • Plan de développement de la commune Pascon 1977 : Le Haouz de Marrakech. Ed C UR.S., Rabat; CNRS, Paris. INA. TI; Rabat. 693 pp.
  • Riad, 2003 : Variabilité spatiale des précipitations sur le bassin versant du Tensift. Thèse de doctorat, Université des sciences et techniques de Lille et Université Ibnou Zohr d’Agadir 120pp.
  • VIDAL, 1998 : Organisation des phytocénoses en milieu insulaire méditerranéen perturbé.Analyse des interrelations entre les colonies de Goélands leucophées et la végétation des îles de Marseille. Thèse Doc. Université de droit, d’économie et des sciences d’Aix Marseille III, 156 p.

ANNEXE 1 :

Liste préliminaire des espèces vasculaires inventoriées dans la vallée de Zat

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