Le SIG au service du développement dans la vallée du Zat

Les sites bénéficiant du label géoparc doivent disposer d’une structure de gestion efficace, de frontières clairement délimitées et d’une taille suffisante pour permettre un véritable développement économique durable, principalement à travers le tourisme.

Ainsi, selon le texte de l’Unesco, définir des limites spatiales bien délimitées constitue l’un des impératifs fixés aux géoparcs alors qu’aucune directive précise n’existe sur la superficie du géoparc,  son contenu et sa gouvernance. Comment délimiter ce territoire et proposer aux aménageurs des outils d’analyse et de gestion?

 

Les missions sur le terrain des chercheurs associés au projet, la diversité des travaux de relevé et d’analyse a rapidement fait apparaître le besoin d’un archivage cohérent des données collectées afin d’en assurer la pérennité, la restitution mais également de produire les analyses pluridisciplinaires nécessaires à l’analyse du territoire.

Le matériel cartographique dont nous disposions, cartes IGN à l’échelle 1 : 50 000, imagerie satellitale, recensement de population, inventaires faunistique et floristique, missions géologiques  nous a naturellement  imposé la mise en place d’une base de données géolocalisées (SIG). Au-delà des capacités d’analyse spatiale, l’application nous a permis de générer des cartographies thématiques et des illustrations nécessaires à l’avancement du programme. Les cartographies produites sont également utilisées pour constituer un dossier de demande de classement auprès de l’UNESCO. A moyen terme, des objets à différentes échelles spatiales et temporelles pourront être ajoutés dans le SIG par les acteurs locaux afin d’assurer un éventuel suivi touristique et environnemental du territoire.

Difficilement accessible au grand public de part la complexité, le SIG reste un outil utilisé par les professionnels.

 

Aperçu du SIG de la vallée du Zat ©Elisabeth Habert
Aperçu du SIG de la vallée du Zat ©Elisabeth Habert

 

Zonage et délimitation d’un geopark par modélisation

 

Du point de vue pratique, le zonage joue un rôle très important dans la création et la gestion de tous les types de parcs connu dans le monde, d’une part parce que ce processus contribue à assurer une gestion efficace et durable des aires protégée, d’autre parte car il permet d’identifier les zones les plus riches en patrimoine afin de déterminer les limites géographiques du parc. De ce fait là, le zonage apparaît comme l’outil le plus approprié pour la création et la gestion de parcs quel que soit leurs types et leurs objectifs, mais malgré l’importance de cet outil, son utilisation reste moins répandue dans les parcs mondiaux puisque beaucoup d’entre eux ne disposent pas de données complètes sur toutes leurs composantes et leurs caractéristiques biologiques, physiques et environnementales.

Les parcs sont des aires protégées rarement homogènes, de part leurs composantes biophysiques et culturelles rendant leur gestion durable plus difficile. Devant cette contrainte, il est nécessaire de mettre en place un système de planification qui prenne en compte cette distribution hétérogène en s’appuyant sur le système d’information géographique (SIG) qui offre la possibilité de définir et de visualiser géographiquement toutes les composantes du terrain.

En ce sens, le zonage est un outil technique qui aide à la planification, à l’évaluation et à la classification des territoires en fonction de la valeur de leurs ressources et de leur sensibilité et aussi selon les objectifs souhaités de la gestion. Dans le cas des parcs géologiques, ce dispositif est capable d’identifier les sites importants du point de vue de la spécificité de leurs composants et de leur importance en tant que patrimoine qui doit être préservé et valorisé dans le domaine du touristique. La capacité de concilier les fonctions de protection avec les contraintes de développement est l’un des avantages de cette technologie puisque elle augmente l’efficacité et la pertinence de la gestion du parc.

Sur le point méthodologique, la délimitation géographique du parc géologique s’appuie initialement sur la mise au point d’un zonage détaillé de tous les sites patrimoniaux remarquables en se basant sur les hautes technologies tels que la télédétection et le système d’information géographique, avec la mise en place d’une base de données complète et précise sur la zone concernée par sa création car tout processus de modélisation nécessite les outils suivants:

  • Image satellite haute résolution.
  • Cartes topographiques à l’échelle 1/50000.
  • Cartes géologiques à l’échelle 1/100000.
  • Modèle numérique de terrain haute résolution.
  • Carte détaillée d’occupation des sols.
  • Carte des divisions administratives et tribales.
  • Carte de la limite du champ de neige.
  • etc

Cette méthodologie est basée sur le zonage de l’espace à partir de plusieurs facteurs environnementaux, tels que les pentes, l’occupation des sols, les altitudes et la distance entre les sites patrimoniaux et les routes et villages. Après l’analyse de l’ensemble de ces éléments, une valeur numérique est attribuée à chaque facteur selon son importance pour l’une des zones qui doit être créée, de sorte que plus la valeur de ce facteur est grande, plus le degré de pertinence pour une zone particulière est élevé. Ensuite, un pourcentage (poids) est attribué à tous les facteurs précédents en fonction de leur degré d’importance ou de leur impact sur le zonage.

Du point de vue pratique, l’instrument du poids permet d’analyser et fusionner tous les facteurs précédents en un seul fichier de sortie qui représente toutes les zones proposées pour constituer le future geopark selon la fonction:

  • S = W1R1+W2R2+……….WnRn
  • Soit  S = surface Convient pour la gestion du  zone du parc national.
  • W1 … n = valeur de pondération du facteur 1, 2, 3 … à n.
  • R1 … n = Classement valeur de facteur 1, 2, 3 … à n [10, 11, 13].
Campement sur le plateau du Yagour, 19/07/2015 ©S.Bourjouf
Campement sur le plateau du Yagour, 19/07/2015 ©S.Bourjouf

La diffusion des données de la recherche

 

Au niveau de la commission européenne et dans le cadre de l’extension de l’action pilote, le libre accès devient le paramètre par défaut pour les données de la recherche générées dans Horizon 2020. Il s’applique à tous les domaines thématiques d’Horizon2020 dès le début du programme de travail 2017. Ce qui n’est pas le cas du programme du Géopark qui a démarré en 2016.

La commission européenne définit les données de la recherche ainsi : « les données de la recherche » désignent les informations, et en particulier les faits ou chiffres collectés pour être analysés et traités pour alimenter des réflexions, discussions ou calculs.

En Juillet 2016, un guide pour la gestion des données de recherche a été publié par la commission, il revient sur le principe de FAIR data (Findable, Accessible, Interoperable, Reusable) qui repose sur la manière de construire, stocker, présenter et publier des données.

  • « Findable » : s’assurer que les données sont identifiables et localisables ;
  • « Accessible » : rendre ces données facilement accessibles par défaut ;
  • « Interoperable » : veiller à ce que les données générées soient interopérables pour permettre leur échange et réutilisation ;
  • « Reusable » : prendre les mesures nécessaires à la réutilisation la plus large possible des données.

Sensible aux questions de diffusion et de réutilisation des données, Il nous semble essentiel que les données dites « non-sensibles » collectées tout au long de ce projet puissent être accessibles à des tiers via un entrepôt de données de recherche. Actuellement, l’IRD, tutuelle de l’UMR Paloc teste actuellement sur un panel d’utilisateurs la mise en place d’un entrepôt de données à partir de Dataverse. Nous envisageons donc de déposer les données de recherche du programme Géopark dans cette base de données dédiée mais d’autres possibilités avec Open AIRE ou Zenodo peuvent être envisagées. Les données dites « sensibles » tels que les sites d’art rupestre ne pourront pas être diffusées en accès libre.

 

La protection des données

 

La commission Nationale de contrôle de la protection des Données à caractère Personnel (CNDP) définit une donnée sensible comme suit :

« Données à caractère personnel qui révèlent l’origine raciale ou ethnique, les opinions politiques, les convictions religieuses ou philosophiques ou l’appartenance syndicale de la personne concernée ou qui sont relatives à sa santé y compris ses données génétiques. » (source CNDP, en savoir plus…)

Suite à l’entrée en vigueur à l’échelle européenne le 25 mai 2018 du règlement général sur la protection des données (RGPD), le gouvernement marocain étudie l’opportunité d’inclure les apports du nouveau règlement européen dans un éventuel projet de révision de la loi marocaine 09-08 relative à la protection des personnes physiques à l’égard du traitement des données à caractère personnel.

 

RÉFÉRENCES SUR LA DIFFUSION ET LA PROTECTION DES DONNÉES :

Guidelines on FAIR Data Management in Horizon 2020, H2020 Programme

Archives OpenAIRE (Open Access Infrastructure for Research in Europe)

AR(ABES)QUES, 2015. Dossier : Déverrouiller la recherche – L’open access : évolution et enjeux. In : Ar(abes)ques [en ligne]. juillet 2015. n° 79. [Consulté le 17 juin 2016]. (ici)

DIRECTION DE L’INFORMATION SCIENTIFIQUE ET TECHNIQUE – CNRS, 2016. Livre blanc — Une Science ouverte dans une République numérique [en ligne]. Marseille : OpenEdition Press. [Consulté le 10 mai 2016]. Laboratoire d’idées. ISBN 978-2-8218-6869-4. (ici)

 

EN SAVOIR PLUS:

>> ACCÉDER AU SITE INTERNET <<

 

Elisabeth HABERT – IRD, Paris (France)

Ali AOUDA – IRD, UCAM, Marrakech

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