Rapport de missions de prospections et d’inventaire du patrimoine paléontologique

Novembre 2016
Professeur N.E. JALIL – MNHN, Paris, France


Au cours du mois de novembre 2016, trois missions de prospections et d’inventaire du patrimoine paléontologique ont été menées dans le cadre du Projet Geopark H2020. Les deux premières d’une journée chacune dans la région de Larbat Tighadwine (3/11/2016 et 5/11/2016) et une troisième d’une dizaine de jours dans le bassin d’Argana dans le Haut Atlas occidental (8 au 18/11). Ces missions financées (co-financée dans le cas du bassin d’Argana) par ce projet avaient pour objectifs : la recherche de plantes fossiles paléozoïques, de restes de vertébrés permiens et triasiques et la visite d’un site à empreintes de pas de dinosaures.


Mission du 03/11/2016 (sites à empreintes de pas) par Ali AOUDA (Doctorant FLSH, UCAM), N.E. JALIL (MNHN) et El Hassan El MOUDEN (herpétologue, UCAM) :

Cette sortie d’une journée avait pour objectif la visite d’un site à empreinte de pas découvert dans le cadre de travaux de terrain d’un étudiant de master encadré par Ali AOUDA doctorant à la Faculté des Lettres des Sciences Humaines, (Université Cadi Ayyad).

Le site est une falaise d’environ une centaine à 150 mètres de longueur, qui se trouve à environ 6,5 km de la source Sidi El Wafi, sur la route entre le village de Larbat Tighadwine et le douar Assemerane aux coordonnées GPS N31°24’946″-W07°31’916″. Il s’agit d’une falaise qui longe la route et sur laquelle sont imprimées de très nombreuses empreintes et des structures sédimentaires (ripples marks, fentes de dessications) et de nombreuses empreintes. Le pendage très fort a rendu très difficile un examen miniutueux de la plupart de ces empreintes, néanmoins, la périodicité de certaines empreintes circulaires et leur alignement laissent supposer une atribution à des sauropodomorphes (Figs. 1 et 2). D’autres empreintes plus nombreuses pourraient être dues à un tétrapode de plus petite taille (Fig. 3). La nature argileuse du substrat rend ces empreintes très fragiles.

La carte géologique de Marrakech 1/500000 permet d’attribuer un âge triasique à cette falaise. Ces empreintes seraient plus jeunes que les très nombreuses traces de dinosaures jurassiques qui caractérisent la région d’Iwaridane (région de Demnat).


Mission du 05/11/2016 par N.E. JALIL (sites à paléoflores)

Historique des découvertes de plantes fossiles dans la région d’Oued Zat.

La première mention du Stéphanien (Carbonifère supérieur), remonte à la première moitié du siècle dernier quand Gouskow et Clariond signalent en 1930 la présence de plantes typiques du Stéphanien moyen dans la région d’Aït Ziffa (in Doubinger et Roy-Dias, 1985). Trois années plus tard en 1933, Clariond et Lecca, signalent à Souk Larbaa, des restes assez bien conservés de plantes fossiles.

Mais ce n’est que dans les années 1980, que des restes plus complets et plus complets furent récoltés et étudiés (Beauchamp, 1984 ; Doubinger et Roy-Dias, 1985). Les sites fossilifères sont localisés à proximité du village de larbaat de Tighadwine (Fig. 4).

Objectifs : recherche des sites à paléoflores carbonifères (Doubinger et Roy-Dias, 1985) et de restes osseux de vertébrés du Trias signalés dans les années 1960 (Dutuit, 1976).

La région prospectée est à proximité du village de Larbat Tighadwine, située sur le versant Nord du Haut Atlas, à environ 60 km au Sud-Est de la ville de Marrakech.

La colonne stratigraphique de la région comprend du bas vers le haut :

  1. Séries marines d’âge Viséen et Namurien ;
  2. un ensemble médian, détritique ; et
  3. une série supérieure rouge, correspondant au Trias supérieur-Lias.

C’est au niveau de la série détritique médiane que se trouvent les niveaux à plantes fossiles. Les prospections ont permis de retrouver des sites fossilifères, certainement les sites 3 et 4 de Doubinger et Roy-Dias (1985, Fig. 4). Ces sites se trouvent le long de la route Larbaat Tighadwine – Talast. Les fossiles se trouvent dans des bancs de schistes situés près du contact Viséen-Stéphanien. Plus d’une vingtaines de spécimens ont été collectés et déposés dans les collections du Muséum d’Histoire naturelle de Marrakech. Ces spécimens après étude pourront nourrir le projet d’exposition et alimenter le volet (histoire géologique et paléoenvironnements de la vallée du Zat).

La vallée du Zat, en particulier, la région de Larbaat de Tighadwin présente un bon potentiel paléontologique. En plus des plantes fossiles, des découvertes de restes osseux ne sont pas à exclure.

Des prospections dans les affleurements permo-triasiques du Haut Atlas avaient permis à J.M. Dutuit de conclure que « les indices les plus significatifs ont été recueillis dans l’oued Zat. » (Dutuit, 1976). Ces missions de terrain lui ont en effet permis de mettre en évidence :

  1. des fragments d’amphibiens stégocéphales stéréospondyles trouvés en place dans les « Conglomérats et grès argileux rouges ». Ces restes ont été trouvés avant Souk-el-Arba, quelques kilomètres avant Talataste, aupoint de coordonnées 297/98,5 (Carte IGN de Télouet) ;
  2. des restes de petits vertébrés à environ 1 à 1,5 km de la maison forestière, à l’Est. Le niveau est sans doute celui des « Conglomérats et grès argileux rouges », (coordonnées 299/93,3, carte IGN « Télouet ») ;
  3. une dent postérieure d’un grand reptile Phytosaure au sud de Talataste, au niveau des gorges de l’Oued Zat (coordonnées : 298,2/92 carte IGN « Télouet »).

Les phytosaures et les amphibiens stégocéphales sont trouvés en abondance dans le bassin d’Argana (Haut Atlas occidental).


Bibliographie :

BEAUCHAMP J. (1984) – Le Carbonifère inférieur des Jebilets et de l’Atlas de Marrakech (Maroc) : migration et comblement d’un bassin marin. Bulletin de la Société géologique de France, Paris, (7) 26, 6, 1025-1032, 7 fig.

CLARIOND L. & LECA F. (1933) – l’études sur le Stéphanien du versant nord de l’Atlas de Marrakech. Bulletin de la Société Géologique de France, Paris, (5) 3, 161-172.

DOUBINGER, J. & ROY-DIAS, 1985. La paléoflore du Stéphanien de l’oued ZAt (Haut Atlas de Marrakech – versant Nord-Maroc). Geobios 18(5) : 573-586.

DUTUIT, J.M. 1976. 1976a. Introduction à l’étude paléontologique du Trias continental marocain. Description des premiers Stégocéphales recueillis dans le Couloir d’Argana (Atlas occidental). Mémoires du Muséum National d’Histoire Naturelle, N. S., C 36: 1-253.


08/ au 18/11 : mission de prospection et de fouilles paléontologiques dans le bassin d’Argana (Haut Atlas Occidental) :

Logement : sur place dans l’Hôtel Al Abrar de la ville d’Imi n’Tanoute situé à proximité du bassin d’Argana.

Financement de la mission : Crédits UMR 7207 + Crédits Projet Geopark H2020 (forfait N.E. JALIL)

Le passage Permien-Trias a constitué un tournant décisif dans l’histoire de la biosphère. Au-delà du fait qu’elle fut le théâtre, de la plus sévère des 5 grandes extinctions en masse, cette période a connu au Trias inférieur, la régénération de la biodiversité après la crise écologique de la limite Permien-Trias et elle est considérée comme une période d’émergence. Les premiers représentants des deux lignées majeures des Archosauria : celle menant aux dinosaures (les Ornithodira) et celle menant aux crocodiliens (les Crurotarsi) sont connus au Trias moyen, et au Trias supérieur apparaissent les premiers représentants des taxons qui ont dominé les écosystèmes terrestres mésozoïques (dinosaures et ptérosaures), ainsi que les précurseurs des clades actuels (lissamphibiens, tortues, crocodylomorphes et mammifères). Cependant, si cet important renouvellement faunique, avec émergence de clades majeurs est généralement admis pour le Trias, les tempos et modalités de ces changements restent toujours débattus. Les faibles contraintes temporelles de la succession des faunes triasiques continentales rendent nécessaire une meilleure calibration des âges des fossiles triasiques dans une robuste trame chronologique (Langer, 2005 ; Parker & Irmis, 2005 ; Rayfield et al, 2005, 2009 ; Schultz, 2005 ; Parker, 2006 ; Irmis & Whiteside, 2010 ; Blanchard et al., 2013 ; Butler et al, 2014).

Par l’étude des vertébrés du bassin d’Argana (Maroc), de leurs évolution, biostratigraphie et paléoenvironnements, nous ambitionnons de compléter les connaissances des faunes terrestres au cours du Trias. Les données (paléontologiques) disponibles sur le Trias de la marge nord-africaine du Gondwana proviennent essentiellement du Bassin d’Argana.

Les bassins permo-triasiques du Haut Atlas marocain, offrent avec, en moindre mesure, le bassin d’Illizi (Algérie), l’unique fenêtre sur les peuplements terrestres de la marge nord-gondwanienne au Passage Permien-Trias (Fig. 2). Cependant, les affleurements du Haut Atlas restent le mieux documentés et les seuls accessibles à l’étude. Le bassin d’Argana est le plus productif en vertébrés fossiles.

Les vertébrés fossiles permiens et triasique du bassin d’Argana sont surtout représentée par des vertébrés tétrapodes de moyenne à grande taille : des amphibiens diplocaulides et temnospondyles (métoposaures et almasauridés), des parareptiles pareiasaures et des reptiles archosauromorphes et des thérapsides dicynodontes. Nos travaux de prospection se sont focalisés dans la région d’Igmir et n’ont concerné que des affleurement permiens. Ce choix est dicté par les indices de nos précédents travaux de terrain suggérant la présence de tétrapodes fossiles inédits jusqu’à présent dans le Bassin d’Argana ainsi que par la richesse en fossiles du Nord du bassin (Fig. 3).

Plus d’une dizaine de localités à restes de tétrapodes ont été localisées. Une cinquantaine de restes de vertébrés fossiles on été récoltés et déposés au Muséum d’Histoire naturelle de Marrakech. L’examen préliminaire de certains de ces restes permet de les attribuer à des groupes de vertébrés inédits dans le Permien du Maroc, des procolophonides et des gorgonopsiens.

Si leur présence est confirmée, ce serait la première mention de ces faunes en Afrique du Nord. Les nouvelles données se sont révélées importantes avant même que les fossiles ne soient complètement préparés et étudiés minutieusement.


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