Pré Rapport Azrou Klane / MNHN – Projet Geopark

Deux premières campagnes sur le site d’Azrou Klane ont été réalisées en 2013 et 2014 dans le cadre d’un projet PALOC – MMSH d’Aix et LMI Mediter, qui ont financé ces missions de terrain. A la suite du retrait du LMI Mediter des deux porteurs du projet (Gwenola Graff et Romain Simenel) d’une part et d’autre part du retrait de ce projet de recherche des actions de Mediter dans la nouvelle version du LMi en cours de renouvellement, un autre partenariat a été noué avec Géopark.

Dans le projet initial, qui s’appelait «Paysages gravés», l’étude comprenait trois sites, Azrou Klane, le Yagour et un site en Egypte dans la région d’Assouan (le Wadi Abu Subeira, désert oriental) . Depuis 2014, la situation a changé et l’étude n’a finalement été avancée que sur les deux sites des marges désertiques, Azrou Klane et le Wadi Abu Subeira en Egypte.

Le programme « Geopark » s’engage pour partie dans le financement des futures missions de ce programme. Il a été rebaptisé ARUSAH (Art Rupestre au Sahara Aujourd’hui et Hier). Outre l’acronyme de notre projet, ce mot « arusah » signifie en arabe « la jeune épousée » ou « la fiancée ». Une troisième signification de ce mot renvoie à un rituel pharaonique de renouvellement de la fécondité du blé après les moissons, qui a été transmis au rituel liturgique copte. Le petit objet de blé tressé pharaonique est devenu l’équivalent des rameaux pascaux chez les Coptes. Le choix de ce mot comme titre du projet dénote tout le syncrétisme et la continuité culturelle omniprésents dans les phénomènes culturels sahariens.

Une mission archéologique de relevé et d’enregistrement d’un site rupestre majeur a eu lieu du 2 au 13 novembre 2015, sous la direction de G. Graff.

Les objectifs de cette mission franco-marocaine étaient notamment de :

  1. Terminer le relevé exhaustif des milliers de gravures d’une dalle de 140 x 20m de long,
  2. Mener des entretiens ethnologiques auprès des nomades éleveurs de troupeaux vivant aux environs des gravures et de recueillir leurs témoignages sur les gravures récentes.
  3. De développer in situ des méthodologies de travail conjointes entre archéologues et anthropologues permettant:
  • d’orienter certains entretiens ethnologiques pour documenter des questionnements archéologiques relatifs aux gravures récentes.
  • de sensibiliser les populations locales aux problématiques de conservation du patrimoine rupestre en milieu fragile.
  • de donner une profondeur temporelle au questionnement anthropologique sur les usages et les perceptions du site.

Le travail concomitant de spécialistes de différentes disciplines demande un certain nombre d’ajustements et de mises au point de manière à ne pas créer d’interférences génantes entre une discipline et une autre, en dépit de méthodologies parfois diamétralement opposées (par exemple le travail très solitaire de l’ethnologue par opposition au fonctionnement en équipe des archéologues, ou la discrétion des outils de travail de l’ethnologue, qui peuvent être dissimulés pour ne pas gêner les informateurs (carnet de notes, petit appareil photo, dictaphone) par opposition à la lourdeur de la technologie high-tech embarquée par les archéologues…).

La présence durant la mission à la fois d’un anthropologue et de collègues marocains locuteurs non seulement de l’arabe dialectal mais aussi du hassani, idiome local, et du berbère, a permis une meilleure compréhension par les populations locales des travaux menés par les scientifiques. Celle-ci a conduit souvent à des informations inédites données alors aux archéologues occidentaux sur l’emplacement de nouveaux sites non inventoriés dans les environs, ou à la transmission d’une mémoire orale relative à l’histoire du site et à son importance dans le système de représentations des populations qui vivent à côté des vestiges archéologiques.

Au final, c’est le travail de l’archéologue qui trouve son intégration dans le contexte local, à la fois en étant mieux perçu et compris des populations locales qui se sentent intégrées dans l’étude de ce qui fait aussi patrimoine pour eux, et en tenant mieux compte de l’implication des acteurs locaux dans la vie d’un site d’une part, de la signification de ces vestiges du passé dans l’histoire contemporaine d’autre part.

Cette mission a été accompagnée de Martin LOYER, photographe agréé Monuments Historiques, pour documenter l’ensemble des relevés, et établir un corpus photographique exhaustif. Cette tâche imposait une coordination forte avec les chercheurs, que nous avons mise en place par une méthodologie de relevés et de post-contrôles inédits et exigeants, imposant aux différentes disciplines en présence de s’adapter aux exigences des autres spécialistes, de manière concertée.

La seconde tâche était de réaliser des interviews sur le terrain auprès des différents intervenants de la mission. Le but était de comprendre les interactions entre spécialités présentes. Le partage de savoir et les différents points de vues autorisent une analyse aux dimensions nouvelles. En parallèle, un relevé 360° a été réalisé, rendant possible dans le futur de se promener sur le lieu virtuellement. Enfin, des photographies étaient faites au jour le jour, pour présenter la vie de la mission. Au final, ce sont environ 1 500 photos prises et plus d’une heure de vidéo qui ont été réalisées, le tout en 8 jours.

  • Recherche d'inscription, Azrou Klane 2015 © Martin Loyer.
  • Photographie gigapixel, Azrou Klane 2015 © Martin Loyer.
  • Marquage des sections permettant un relevé GPS, Azrou Klane 2015 © Martin Loyer.
  • Prise de vue, Azrou Klane 2015 © Martin Loyer.
  • Relevé précis des pétroglyphes, Azrou Klane 2015 © Martin Loyer.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *